Ajla Del Ponte de retour à Torun pour le 60 m : plus terre à terre
Mondiaux en salle: le retour de Del Ponte
Ajla Del Ponte retrouve enfin le devant de la scène après quatre ans de galère et de doutes. "C'est un soulagement", lâche la Tessinoise, qui disputera samedi le 60 m des Mondiaux en salle de Torun.
"Cet hiver, il y a encore eu des moments de doute. Je me suis vraiment demandé si le déclic allait survenir. J'étais à nouveau frustrée", raconte la 5e du 100 m des JO de Tokyo 2021, qui s'est confiée à Keystone-ATS au téléphone la semaine dernière.
"Après de bons débuts à Ostrava (réd: 6''24 sur 50 m, soit un record de Suisse sur une distance certes peu courue, et 7''23 sur 60 m), je n'arrivais pas à m'exprimer pleinement. Je ne parvenais pas reproduire en compétition ce que je montrais à l'entraînement", poursuit-elle.
La patience est toutefois devenue par la force des choses son credo depuis 2022. Elle a en effet accumulé les pépins physiques au cours des quatre dernières années, connaissant également des épisodes dépressifs. Mais "j'ai toujours su faire preuve de résilience", rappelle-t-elle dans son français quasi parfait.
Et cette persévérance a fini par payer, à St-Gall lors du 60 m des championnats de Suisse le 28 février. Sans pression, elle est montée en puissance durant cette journée (7''28 en séries, 7''21 en demi-finales, 7''15 en finale) pour aller chercher la deuxième place derrière Léonie Pointet, et le second ticket qualificatif pour Torun.
"C'est un soulagement après tout ce qui m'est arrivé depuis quatre ans. C'était vraiment cool de voir que j'avais terminé 2e. Et j'ai pu partager cela avec mes parents et mon frère qui étaient présents. J'ai pu leur montrer que je n'avais pas fait tous ses sacrifices pour rien", raconte la protégée du coach fribourgeois Laurent Meuwly.
"Ca faisait presque bizarre"
Enfin débarrassée de ses ennuis physiques, Ajla Del Ponte se réjouit de pouvoir courir l'esprit libéré. "Je me suis rendu compte durant la deuxième semaine de notre camp de préparation, début décembre, que je ne ressentais plus de douleur ni au quadriceps ni au tendon d'Achille", se souvient-elle.
"Ca faisait presque bizarre", s'amuse la Néerlandaise d'adoption (elle s'entraîne au centre de Papendal), pour qui la souffrance physique était malheureusement devenue une compagne de presque tous les jours. Désormais, elle peut aller de l'avant sans appréhension. Et se mettre à rêver de tutoyer à nouveau les sommets.
"Cela me donne à nouveau de la stabilité sur le plan mental. Le niveau de stress a baissé dans le même temps: je n'avais plus besoin de penser au prochain scanner que je devrais faire. C'est la première fois en cinq ans que j'ai pu me préparer sans problème physique", se réjouit-elle.
"Comme si mon coeur se brisait"
Ajla Del Ponte peut ainsi se remettre à formuler des objectifs, ce qui n'avait plus été le cas depuis longtemps. "C'était devenu compliqué de fixer des objectifs. Quand je voyais que mes soucis physiques m'empêcheraient de les atteindre, c'était comme si mon coeur se brisait", compare-t-elle.
Pour Torun, l'objectif no 1 est de battre son meilleur temps de la saison (7''15). "J'espère pouvoir atteindre les demi-finales en améliorant ce chrono", explique celle qui possède le 16e meilleur temps 2026 parmi les coureuses engagées sur 60 m à Torun. "Mais la densité est immense sous les 7''10", tempère-t-elle.
Reverra-t-on bientôt l'Alja Del Ponte version 2021 ? "Non. Elle n'existe plus", réplique tout de suite celle qui était devenue championne d'Europe du 60 m en salle en 2021 à... Torun, avant de briller durant l'été. "Je ne suis plus la même personne. J'ai vécu tant de choses depuis", soupire-t-elle.
"En 2021 j'étais très innocente, insouciante. Tout m'arrivait pour la première fois, de manière naturelle. Tout était si cool, tout était rose", poursuit celle qui a réussi ses deux meilleurs temps sur 100 m en séries des JO de Tokyo (10''91) puis lors du meeting de La Chaux-de-Fonds (10''90, record de Suisse à l'époque).
"Maintenant je suis plus terre à terre", souligne-t-elle. "J'aimerais bien sûr retrouver le niveau qui était le mien à l'époque, mais avec une maturité nouvelle. Je ne sais pas si j'y parviendrai. Mais mon vécu fait de moi une adversaire plus dangereuse", estime-t-elle.
"Boucler la boucle"
Forcément endurcie par ses innombrables coups durs, Ajla Del Ponte se réjouit déjà de pouvoir défendre ses chances aux Championnats de Suisse estivaux les 25/26 juillet à Zurich. "Je vise une place aux Européens de Birmingham", pour lesquels les trois premières des Nationaux seront qualifiées.
En attendant, elle est ravie de pouvoir en découdre à Torun. "C'est génial, car je peux boucler la boucle: en 2021, j'avais décroché mon ticket pour les Européens en salle de Torun en réussissant 7''15 lors des Nationaux. Là, j'ai de nouveau réalisé 7''15 pour me qualifier pour Torun."
Après avoir bouclé une boucle qui avait fini par ressembler à une spirale infernale, Ajla Del Ponte pourra entamer sereinement un nouveau cycle qui devrait la mener jusqu'aux JO 2028. "J'ai surtout besoin de vents favorables", conclut-elle lorsqu'on lui demande ce qu'on peut lui souhaiter pour la suite de sa carrière.