Gaia Rasmussen, symbole des défis de la relève suisse en natation
Multiplier les nages avant de se spécialiser
Gaia Rasmussen n'a pas fait les gros titres durant les Européens de Paris. La Genevoise était pourtant omniprésente: avec neuf épreuves disputées, elle s'est retrouvée chaque jour sur le front.
Du 50 m papillon au 200 m libre en passant par le 100 m dos, Gaia Rasmussen a goûté à toutes les nages dans ces joutes continentales à l'exception de la brasse. La Genevoise de 22 ans, qui a conclu ces joutes à bout de souffle, n'a signé aucun record personnel. Mais l'expérience accumulée n'a pas de prix.
"La polyvalence, c'est important pour elle à ce stade. Au départ, il en faut pour acquérir le maximum d'expérience. Afin de trouver la maturité nécessaire pour se réaliser au plus haut niveau", souligne Clément Bailly, son coach au sein du Genève Natation, qui s'est confié à Keystone-ATS la semaine dernière à Paris.
Impossible bien sûr de faire des généralités. Antonio Djakovic ne pratiquait ainsi que la nage libre à 15 ans déjà. Noè Ponti se consacre depuis longtemps au papillon (en grand bassin tout du moins). A 18 ans, la double médaillée des Européens juniors 2026 Kay-Lyn Löhr est quant à elle déjà une spécialiste de la brasse.
Gaia Rasmussen n'était donc de loin pas la plus jeune au sein de la délégation de Swiss Aquatics. Mais elle reste une jeune nageuse: "J'ai commencé fin 2022", explique cette ancienne spécialiste de natation artistique. "J'ai été dégoûtée par le milieu de la synchro", précise-t-elle.
"Parfois, je me perds"
Gaia Rasmussen symbolise parfaitement la complexité de la nage en bassin. Avec quatre styles de nage et des courses allant de 50 à 1500 mètres, le choix est vaste. "Parfois, je me perds un peu avec toutes ces distances et ces nages. Si j'en pratique trois, autant faire du 4 nages", rigole-t-elle.
Avant de reprendre plus sérieusement. "Les limites qualificatives pour les JO 2028 sont sorties, et elles sont dures", note-t-elle. "C'est donc important de garder cette polyvalence dans un premier temps. Même si j'aimerais à l'avenir me spécialiser sur une ou deux nages", précise-t-elle.
Partenaire d'entraînement de Gaia Rasmussen à Genève Natation, Manon Richard ne se pose pas (encore) les mêmes questions. "A 18 ans, c'est un petit peu tôt pour penser à me spécialiser. Et surtout, je vise un peu plus loin que Los Angeles 2028. Je pense que la spécialisation viendra dans quelques années", souligne-t-elle.
"Avec le crawl et le dos, je pense qu'on s'en sort, mais c'est vrai que si l'on rajoute une troisième nage, comme le papillon pour nous deux, ça devient plus compliqué", concède la Neuchâteloise. "On peut vite se perdre parce que le dos, ça n'a rien à voir avec le papillon", abonde Gaia Rasmussen.
"Le 200 dos peut bien sûr quand même aider à travailler le 200 m papillon. Mais ce sont d'autres appuis, d'autres sensations. Ca n'a rien à voir au niveau de la technique, même si c'est la même distance. Le danger, c'est de se disperser", enchaîne la Genevoise, qui avoue avoir accumulé les déceptions à Paris.
Se confronter à l'adversité
"La plupart des jeunes nageurs présents dans ces Européens étaient là pour prendre un maximum d'expériences", explique Clément Bailly. "Ils ont encore du mal à s'émanciper, très clairement. Je pense que la polyvalence peut les aider à +switcher+ plus facilement, à ne pas aller de déception en déception", précise-t-il.
"Est-ce qu'une spécialisation précoce construit vraiment un athlète vers ce qu'il doit réaliser ? Je ne sais pas", poursuit-il. "En revanche, les nageurs ont besoin d'être plus souvent amenés à se confronter à l'adversité, afin d'avoir de meilleurs outils pour rester dans leur propre bulle."
Pour Clément Bailly, les jeunes nageurs doivent prendre conscience de leur potentiel: "S'ils se sont qualifiés pour ces Européens, c'est qu'ils ont le niveau nécessaire. Ils n'ont pas été repêchés, ils n'ont pas été invités, ils ont rempli des critères de qualification", lance celui qui a façonné Roman Mityukov.
Médaillé de bronze olympique du 200 m dos en 2024, Roman Mityukov est d'ailleurs le parfait exemple à suivre. "Il adore le crawl (red: il détient d'ailleurs depuis 2021 le record de Suisse du 100 m libre en 48''20), c'est une nage où il est très bon. Mais il ne la travaille plus depuis deux ans", rappelle Gaia Rasmussen.
"C'est évident que s'il devait disputer maintenant un 200 m crawl, il aurait des difficultés. Il se consacre au 200 m dos, et ça paye", lâche celle qui est la compagne du vice-champion du monde 2024. "Mais il est médaillé olympique, et moi je ne suis même pas demi-finaliste aux Européens", soupire Gaia Rasmussen.
"Roman s'est construit gentiment et progressivement", précise de son côté Clément Bailly. "Mais c'est un +tueur+, comme Noè (Ponti). lls ont ce petit quelque chose en plus, que peut-être certains n'ont pas. Est-ce qu'on arrivera à le développer chez les autres nageurs et nageuses ? Je l'espère", souhaite le Français.
"Ca reste du sport"
Néanmoins, l'une des clés pour les espoirs de la natation, c'est d'apprendre à faire abstraction du contexte. "Quand on arrive aux Championnats de Suisse, on est détendu parce que, même si tout peut arriver, on est quasiment sûr de finir sur le podium. C'est donc plus facile de nager", explique Gaia Rasmussen.
"Quand on nage devant en compétition, c'est toujours plus agréable que de nager derrière des athlètes d'un meilleur niveau que toi", confirme Clément Bailly. "Les jeunes nageurs doivent s'émanciper, réussir à écrire leur propre histoire et se concentrer sur leur propre performance", lâche-t-il.
Avant de rappeler une vérité que les athlètes de haut niveau ont tendance à oublier: "J'ai quand même envie de leur dire que cela reste un sport. Dans lequel on a investi énormément, mais ça reste quand même du sport. C'est un travail, un hobby en même temps et quelque chose de bien pour la santé."