Gerd Zenhäusern veut un Gottéron tourné vers l’avenir
Fribourg lance la défense de son titre
Architecte du premier titre de Fribourg-Gottéron, le directeur sportif Gerd Zenhäusern ne regarde plus en arrière. Le Haut-Valaisan veut voir le club développer des jeunes et une identité.
Fribourg n'a pas juste remporté le titre de champion de Suisse le 30 avril dernier. Fribourg a changé de statut et corrigé ce qui ressemblait à une injustice, à une anomalie de l'Histoire, pour toute une cohorte de fans. Les festivités ont pris un tournant exceptionnel dans une ville qui a beaucoup gagné en basket, mais presque jamais en hockey sur glace, hormis une Coupe Spengler fin 2024. 100'000 personnes ont déferlé dans les rues de Fribourg, soit près d'un tiers du canton venu acclamer et remercier ses héros.
Un casque anti-bruit
Trois mois et demi après cette parade victorieuse, le directeur sportif Gerd Zenhäusern est-il redescendu du nuage? "Ca fait longtemps que l'on est redescendu. Je pense que trois ou quatre semaines après, on était déjà concentré sur le déroulement pour préparer la saison suivante. Il a fallu planifier les entraînements, la rentrée et l'analyse de toute la saison, donc on a assez vite été absorbé par le futur."
Ceci étant, ceux qui ont participé au premier titre de Gottéron auront droit à des remerciements de la part des gens pendant encore un bon moment. Est-ce facile de gérer ce bruit ambiant? "Alors ça se passe normalement parce que cela fait partie de notre quotidien d'être critiqué et de temps en temps d'être remercié. Les remerciements n'arrivent pas souvent, mais je pense qu'il faut essayer de mettre comme un casque pour ne plus entendre le bruit autour. Je ne sais pas trop bien comment l'expliquer, mais on ne peut pas non plus trop laisser ce bruit ou cette énergie prendre trop de place."
Ne plus parler du passé
On se souvient qu'après le premier titre de Genève-Servette en 2023, les Aigles ont eu de la peine à enchaîner. Parce que les organismes étaient fatigués après une longue saison. "Le plus difficile, c'est de gérer une période estivale plus courte, appuie Gerd Zenhäusern. Il y a la fatigue physique et mentale après de telles émotions. Mais on n'a pas le choix! Je ne peux pas dire: 'Bon, je commence mon travail début août quand les joueurs reviennent sur la glace'. Ce n'est pas possible. C'est clair que j'ai pris quelques jours de vacances, mais le quotidien, lui, ne prend pas de congés."
Auréolé du titre de champion, Fribourg ne fanfaronne pas au moment d'aborder l'exercice 2026/27. L'objectif est une place dans le top 6, "comme l'année passée". Toujours ambitieux lorsqu'il regarde son groupe, Gerd Zenhäusern sait aussi que le regard des gens change. "On sait que les gens ont des attentes élevées, c'est surtout ça qui est différent", précise-t-il.
Des attentes générées par une saison 2025/26 conclue en apothéose. "Après cette interview, j'espère que c'est la dernière fois que je vais parler du passé, soupire le Haut-Valaisan. Nous, on est orienté vers le futur, on ne parle pas de l'année passée, on ne va pas comparer les choses par rapport à l'an dernier. On a un groupe solide, on a un groupe qui a faim, on a un groupe motivé qui va être super fort. Et puis après, il faut avoir un peu de chance aussi."
Devenir une plateforme de développement
Le départ à la retraite du capitaine Julien Sprunger, celui du portier Reto Berra pour Kloten, du buteur décisif Lucas Wallmark pour la Suède et d'Attilio Biasca pour la NHL (Boston) a fait perdre pas mal d'expérience au groupe. Mais là encore, Gerd Zenhäusern ne peut pas se lamenter sur le passé. "On mise sur les jeunes, assène-t-il. Et puis on ne cherche pas le remplaçant de Julien Sprunger ou de X ou de Y. On veut que le groupe grandisse ensemble. Il faut que quand un joueur nous quitte, un autre prenne sa place."
Avec Roger Rönnberg, Gerd Zenhäusern a cherché à construire une identité fribourgeoise. Justement afin de minimiser la perte de certains éléments. "L'an dernier, lorsqu'on a dû composer sans Wallmark ni Sörensen, on a continué à gagner, se souvient le directeur sportif. Personne à l'interne n'a dit: 'Oh il manque Sörensen, on n'a aucune chance'. C'est un état d'esprit à avoir. De ne pas regarder le passeport, de ne pas compter que sur les imports pour décider des matches. J'aimerais que dans le futur, on continue à donner une plateforme de développement pour les jeunes."
Dans le présent mais très porté vers l'avenir, Gerd Zenhäusern possède une vision. Mais de quoi serait-il le plus fier au cours des quatre années qui viennent? "En fait, je ne regarde pas le résultat final, parce que je sais qu'il faut avoir de la chance. Je serais fier si on est compétitif chaque année. Que les gens voient que l'on bosse comme des fous. Parfois on réussit, parfois pas, mais on peut se regarder dans le miroir. D'être une équipe qui représente nos valeurs et qui a tout donné. Et à la fin le résultat, on ne peut pas toujours le contrôler. Mais même s'il y a un coup de mou, on ne lâche pas. Et je suis persuadé qu'à la fin tu te retrouves du bon côté parce que tu bosses."