Iran : cinq ans de prison supplémentaires pour Jafar Panahi
Iran: de la prison pour un cinéaste
Le cinéaste iranien Jafar Panahi, Palme d'or à Cannes en 2025 pour "Un simple accident", a été condamné à cinq ans et un mois de prison supplémentaires. Le réalisateur, critique du pouvoir à Téhéran, avait présenté ce film au Festival de Locarno l'an dernier.
Un tribunal révolutionnaire de Téhéran a prononcé cette peine à l'encontre du réalisateur de 66 ans, rapporte le média "Emtedad", citant son avocat Mostafa Nili. La justice a également ordonné la confiscation de ses biens et lui a interdit pendant deux ans de quitter le territoire et d'utiliser les réseaux sociaux.
La condamnation a été prononcée en l'absence du cinéaste, qui n'avait pas été informé de l'audience, selon son avocat. Les chefs d'accusation dans cette nouvelle affaire n'ont pas été précisés.
Jafar Panahi est l'un des cinéastes iraniens les plus connus à l'étranger. Son film "Un simple accident", qui met en scène d'anciens détenus confrontés à un homme qu'ils soupçonnent d'avoir été leur tortionnaire, a remporté la Palme d'or au Festival de Cannes en 2025 et a été nommé aux Golden Globes et aux Oscars.
Plusieurs fois à Locarno
Le cinéaste était venu en août 2025 au Festival de Locarno présenter le film sur la Piazza Grande, quelques mois après son sacre à Cannes. Il entretient une longue histoire avec le festival tessinois, où "Le Miroir" avait remporté le Léopard d'or en 1997.
Jafar Panahi est retourné en Iran fin mars, après s'être rendu à Los Angeles pour la cérémonie des Oscars. "La semaine dernière, mon client m'a informé que ses comptes bancaires avaient été bloqués", a déclaré Me Nili à "Emtedad".
Les démarches de son avocat auprès de la justice ont alors permis de découvrir que le cinéaste avait été condamné en son absence. Son dossier indiquait qu'il se trouvait à l'étranger alors qu'il était revenu en Iran.
La justice iranienne avait déjà condamné Jafar Panahi à un an de prison pour "propagande contre le système", une peine confirmée en juin. Son film "Un simple accident", tourné clandestinement, avait notamment été retenu contre lui.
Le réalisateur est en conflit avec les autorités iraniennes depuis plus de quinze ans. En 2010, il avait été condamné à six ans de prison et frappé d'une interdiction de réaliser des films, d'écrire des scénarios, de donner des interviews et de voyager à l'étranger pendant vingt ans.
Il avait néanmoins continué à tourner clandestinement, réalisant notamment "Ceci n'est pas un film", "Taxi Téhéran" et "Aucun ours". Il a également été incarcéré de juillet 2022 à février 2023 avant d'être libéré après avoir entamé une grève de la faim.
Il fait depuis plusieurs années l'objet de restrictions concernant son activité professionnelle et ses déplacements. Jafar Panahi est actuellement visé par trois procédures judiciaires, selon son avocat.