Japon : démissions et scandale de données dans une centrale nucléaire
Japon: démission à la tête d'une centrale
Deux hauts dirigeants de l'opérateur japonais d'une centrale nucléaire ont démissionné lundi à la suite d'un scandale sur la falsification de données sismiques. Le groupe Chubu Electric Power Co. va dans la foulée retirer ses demandes de redémarrage de deux réacteurs.
La centrale nucléaire de Chubu Electric Power, située à Hamaoka, dans une région exposée au risque de "méga-séisme", a fait l'objet de contrôles de sûreté réglementaires en vue de redémarrer deux réacteurs. Mais en janvier, l'exploitant a reconnu avoir présenté aux autorités des données sous-estimant potentiellement les risques sismiques. Dans un communiqué, Chubu Electric a indiqué lundi que Kingo Hayashi, président de l'entreprise, et Satoru Katsuno, président du conseil d'administration, seront remplacés, et qu'il retirait ses demandes de redémarrage.
M. Hayashi a déclaré devant la presse ressentir "un lourd sentiment de responsabilité et un profond remords" et regretté de ne pas avoir été en mesure de "favoriser une culture organisationnelle qui donne la priorité au respect de la réglementation et à la sécurité avant tout". Un rapport de 250 pages rédigé par un comité indépendant, et également publié lundi, a indiqué que les "reproches" de la direction concernant les retards pour redémarrer les réacteurs avaient mis le personnel sous pression et constituaient "l'un des facteurs ayant contribué aux manquements" constatés.
Le Japon a fermé tous ses réacteurs nucléaires après le triple désastre (séisme, tsunami et catastrophe nucléaire) de Fukushima en mars 2011. Mais l'archipel, pauvre en ressources, veut réduire sa forte dépendance aux combustibles fossiles, atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 et répondre à la demande croissante d'électricité liée à l'intelligence artificielle, le poussant à revenir progressivement à l'atome civil.
Estimation cruciale
Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale nucléaire du monde, a ainsi repris ses activités cette année. Au coeur des données de sûreté, l'estimation de "mouvement sismique maximal en surface" est cruciale pour la conception parasismique des centrales nucléaires.
En septembre 2023, le régulateur japonais avait approuvé l'estimation établie par Chubu Electric Power. Mais en février 2025, l'autorité a reçu de la part d'un lanceur d'alerte une information faisant état de données différentes de celles fournies au gendarme du nucléaire. Le régulateur avait suspendu son processus d'examen de sûreté pour la centrale de Hamaoka fin décembre.
Ce site est dans une zone susceptible d'être touchée par un séisme survenant dans la fosse sous-marine de Nankai, là où la plaque océanique de la mer des Philippines "s'enfonce" lentement sous la plaque continentale sur laquelle repose le Japon. En 2024, l'Agence météorologique japonaise a émis son premier avis spécial concernant un possible "méga-séisme" dans la région connue sous le nom de fosse de Nankai, avant de le lever une semaine plus tard.