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Lausanne : défis économiques pour la ressourcerie de matériaux de construction

Lausanne : défis économiques pour la ressourcerie de matériaux de construction

Economie circulaire - VD

La Ville de Lausanne tire un bilan "globalement positif" de la ressourcerie de matériaux de construction mise sur pied il y a deux ans. Plusieurs défis demeurent toutefois pour assurer sa viabilité économique, notamment en termes de quantité et de qualité des matériaux, tandis qu'une évolution des mentalités semble nécessaire.

La ressourcerie a terminé l'année 2025 dans les chiffres noirs, réalisant "71 ventes pour un total de 20,5 tonnes de matière valorisée", indique la conseillère municipale Natacha Litzistorf via ses services à Keystone-ATS. La structure "a son public et l'administration est sensibilisée et formée à son usage", poursuit l'élue qui renonce à communiquer un chiffre d'affaires. "Il s'agit encore d'une phase de lancement", explique-t-elle.

Plaques de faux plafond, poutrelles métalliques, tuiles en ardoise, radiateurs en fonte, portes-fenêtres, fours, dalles de moquette, sèche-mains vintage ou encore rideaux de théâtre étaient à acquérir, début octobre, sur la boutique en ligne. Vendeurs comme acheteurs ont également la possibilité de se rendre, sur rendez-vous, dans le dépôt situé derrière les Halles Nord de Beaulieu.

Entités publiques et entreprises encore marginales

L'objectif premier de la ressourcerie, inaugurée à la fin octobre 2024, est de rendre plus durable le secteur du bâtiment, responsable de 37% des émissions de gaz à effet de serre du canton, selon des chiffres de l'époque. Mais dans les faits, les clients actuels sont surtout des particuliers. "Les entités publiques et les entreprises sont marginales pour le moment", reconnaît Mme Litzistorf.

Dans le détail, les donateurs sont constitués à 45% de particuliers, 35% de collectivités publiques et 15% d'entreprises. Quant aux acheteurs, il s'agit à 70% de privés (40% d'autoconstructeurs, 15% d'étudiants et 15% de particuliers issus du monde agricole). Viennent ensuite les architectes (15%), devant les entreprises, les acteurs culturels et les entités publiques, chacune à hauteur de 5%.

Pas assez de lots qualitatifs

Plusieurs facteurs semblent expliquer cela. "Un constat est la difficulté d'approvisionnement en lots qualitatifs", pointe la municipale lausannoise. En clair, il est compliqué de trouver des lots qui correspondent en quantité et en volume à des besoins récurrents et identifiés sur le marché de la construction.

En effet, la ressourcerie est "tributaire des lots proposés par les partenaires qui veulent bien "jouer le jeu" du réemploi", poursuit l'écologiste. Comme les clients sont "surtout des particuliers qui donnent ou cherchent de la matière très spécifique et en petite quantité", cela implique une forme de travail par opportunités et non par planification structurelle du réemploi dans les constructions, rénovations et chantiers de démolition, précise-t-elle.

Un autre défi consiste à "sortir de l'économie du "seconde main pas cher"". Alors que les brocantes de type Emmaüs ou Armée du Salut pratiquent des tarifs accessibles à toutes les bourses ou presque, "les activités liées à la construction et au réemploi (dépose soignée, transport, stockage, conditionnement et parfois reconditionnement) ne permettent pas des tarifs "au rabais"", souligne Natacha Litzistorf.

Evolution nécessaire

Outre ces paramètres matériels, le secteur de la construction doit évoluer pour que la ressourcerie devienne viable économiquement. Cela concerne d'une part "les attentes et les exigences des maîtres d'ouvrage" et d'autre part "la maîtrise technique des métiers de la construction afin d'optimiser les pratiques liées au réemploi, ainsi que leurs coûts".

Des exemples de réemploi réussi entre entités publiques et entreprises privées existent pourtant déjà. C'est le cas de la ferme de Rovéréaz, propriété de la Ville de Lausanne, qui a récemment été rénovée. D'anciennes fenêtres du Beau-Rivage Palace y ont été réutilisées, des tuiles insuffisamment étanches pour rester en toiture couvrent désormais un mur fréquemment nettoyé à grande eau, tandis que de la terre issue des chantiers aux Plaines-du-Loup a servi à fabriquer des briques en terre crue.

ATS