Le jury délibère au procès pour le meurtre de Tupac Shakur
Le jury du procès Tupac Shakur délibère
Le jury a débuté lundi ses délibérations au procès du commanditaire présumé du meurtre du rappeur Tupac Shakur en 1996, dépeint en "caïd" de gang tout-puissant. La défense de Duane Davis a insisté sur l'absence de preuves matérielles.
Trente ans après la mort jamais élucidée de la légende du rap, le procès de cette ex-figure des South Side Compton Crips, gang d'un quartier sensible de Los Angeles, entre dans sa phase ultime à Las Vegas, où les faits se sont produits.
La juge a renvoyé les jurés pour délibérer au terme de près de cinq heures de plaidoiries finales de l'accusation et de la défense. Dans son réquisitoire, le procureur, représentant l'Etat du Nevada (sud-ouest), a martelé la thèse de l'accusation, de représailles au passage à tabac du neveu de Duane Davis, auquel Tupac Shakur avait participé, dans un cycle de vendetta.
L'accusé, qu'il a décrit à de multiples reprises comme un "caïd", dont les ordres étaient obéis par les membres des Crips, encourt la perpétuité incompressible.
Contentieux entre deux labels
Le contentieux opposait deux labels de musique, Death Row Records et Bad Boy Records, fondé par Sean "P. Diddy" Combs, chacun recourant à un gang rival pour assurer la protection de ses artistes, avec en toile de fond la guerre entre les gangs des "Crips" et des "Bloods" à Los Angeles, qui a culminé dans les années 1990.
"Duane Davis, dans la culture des gangs, ne pouvait laisser passer cela", a affirmé le procureur, en référence à l'humiliation publique de son neveu quelques heures avant les tirs contre Tupac Shakur.
"Il s'est procuré le pistolet; il a organisé le groupe; il a donné la chasse à M. Shakur", a-t-il énuméré, insistant sur le caractère prémédité, selon lui, des actes de l'accusé, un ex-trafiquant de drogue, et retenant ses propres déclarations contre lui.
Duane Davis a reconnu en 2008 devant les enquêteurs qu'il se trouvait dans la Cadillac blanche d'où les coups de feu ont été tirés. Mais ses confidences intervenant dans le cadre d'un accord prévoyant une immunité partielle, elles ne pouvaient être retenues contre lui.
Puis l'ex-membre de gang s'est épanché dans les médias, avant de publier en 2019 des mémoires compromettants. Il y raconte notamment qu'il se trouvait sur le siège passager et a fait passer le pistolet aux occupants de la banquette arrière, sans révéler l'identité du tireur.
Arrêté en septembre 2023 à la suite de cette parution, Duane Davis, qui plaide non coupable, assure désormais que son livre a été romancé par son co-auteur et qu'il se trouvait à Los Angeles le soir du meurtre.
"Vous lisez un livre qui est de la fiction et non des faits, mais l'accusation veut vous faire croire qu'il s'agirait en quelque sorte d'aveux qu'il était là au moment des tirs", a plaidé son avocat, soulignant l'absence de preuves matérielles. Ni la Cadillac ni l'arme du crime n'ont jamais été retrouvées.