Guerres et nappes phréatiques : impacts détectés par satellite
Sciences naturelles - NE
Les guerres altèrent la dynamique des eaux souterraines. Grâce notamment à des observations par satellite, un doctorant de l’Université de Neuchâtel (UniNE) a constaté, dans un bassin fluvial en Syrie, une recharge inattendue en eau d’une cavité souterraine. Ces recherches pourraient mieux prioriser les réparations à effectuer, protéger les puits et les réseaux et orienter l’aide vers les populations les plus touchées par la perte d’accès à l’eau.
"Les changements hydrogéologiques observés en Syrie sont liés aux déplacements massifs de populations provoqués par la guerre depuis 2011", a constaté le doctorant Saeed Mhanna. Sa thèse a gagné le premier prix et le prix du public de la sélection neuchâteloise du concours "Ma thèse en 180 secondes" le 7 mai, a indiqué lundi l'UniNE.
"De par la nature invisible des aquifères, il est difficile, en temps de guerre, d’en évaluer des caractéristiques telles que la capacité de stockage, la recharge en eau et la position de la nappe phréatique, en raison de l’impossibilité de se rendre sur les sites concernés. Afin de contourner cette difficulté, Saeed Mhanna a combiné plusieurs outils de mesure et de calcul indirects rarement réunis", peut-on lire dans le communiqué.
Le chercheur a dû notamment apprendre à maîtriser le traitement complexe des données inSAR, fournies par les satellites. Cette étude lui a permis de démontrer qu’aux endroits où la population déplacée a dû abandonner des terres agricoles, l’arrêt de l’irrigation a permis une recharge partielle des nappes phréatiques et un soulèvement de la surface du sol, atteignant jusqu’à 4 cm par an, à mesure que la pression augmentait dans les couches géologiques sous-jacentes.
Barrage en Ukraine
Un autre chapitre majeur de la thèse de Saeed Mhanna porte sur la région du barrage de Kakhovka, situé dans le sud de l’Ukraine, le long du fleuve Dniepr. Il a constaté que l’effondrement du barrage en juin 2023 a bouleversé tout le système hydrologique.
Le chercheur a été surpris que deux ans après la destruction de l’ouvrage, la quantité d’eau perdue vers la mer Noire depuis le continent correspondait approximativement au volume du lac Léman, avec une incertitude d’environ 40%.
Les travaux de l’hydrogéologue ouvrent des perspectives nouvelles en fournissant des informations concrètes là où les données manquent ou arrivent trop tard. Grâce aux satellites, il devient possible de repérer les zones où les infrastructures hydrauliques ont été endommagées, où les ressources en eau diminuent, ou, au contraire, là où une recharge des nappes est en cours.