Le procureur: on ne peut pas tout prévenir après le drame de Chiètres
Le procureur s'exprime sur Chiètres
Le procureur général du canton de Fribourg Raphaël Bourquin ne met pas le drame de Chiètres, qui a fait six morts et cinq blessés, sur le compte de la fatalité. "Tout a été mis en œuvre et la prévention fonctionne. Mais on ne peut pas tout prévenir", estime-t-il.
"En l’occurrence, nous sommes confrontés à un cas atypique et il s’agit d’un acte isolé", a indiqué Raphaël Bourquin dans une interview parue vendredi dans La Liberté. Ce dernier y revient sur le fait que l’individu qui s’est immolé par le feu mardi soir, avec l'incendie d'un car postal, était recherché par la police bernoise.
"Il s’agit d’une procédure entre les polices cantonales et la collaboration fonctionne très bien", relève le procureur général. "L’individu en question n’était pas recherché depuis longtemps. Est-ce qu’il fallait diffuser cette information au-delà des frontières? Je ne suis pas convaincu", avance-t-il.
Attention accrue
Interrogé plus loin sur les moyens d'éviter un tel drame, Raphaël Bourquin affirme ne pas être certain qu'il faut aller vers une société "encore plus contrôlante". "Il y a énormément de mesures en place, mais malheureusement on ne peut pas tout contrôler", détaille-t-il encore dans le quotidien fribourgeois.
"Par contre, je suis convaincu que suite à des événements d’une telle ampleur, chacun veille de manière plus intense à sa sécurité", poursuit-il. Au-delà, le procureur général considère qu'il ne faut pas tirer de "conclusions hâtives" de ce qui s'est passé dans la commune lacoise.
"L’auteur ayant été identifié, nous allons pouvoir enquêter sur sa vie, mieux comprendre ce qui l’a poussé à agir ainsi que son parcours entre sa disparition et le drame", précise Raphaël Bourquin. "Sur cette base, nous saurons ce que nous aurions pu faire, ou faire mieux."
Enquête en cours
Le procureur général ne s'exprime pas à ce stade de l'enquête sur les rumeurs concernant l'identité de l'auteur présumé, un citoyen suisse âgé de 65 ans et domicilié dans le canton de Berne. Selon lui, aucun élément ne laisse à penser que celui-ci pourrait être un étranger naturalisé, comme on peut le lire sur les réseaux sociaux.
Pas de précision non plus sur le nombre de personnes dans le car postal. "L’enquête le déterminera avec précision. Les auditions sont en cours, ainsi que le visionnement des images issues des caméras", constate Raphaël Bourquin, qui ajoute que "l’expertise est en cours pour déterminer quel liquide a été utilisé et où il a été acheté".
"Ce que l’on sait, c’est que l'individu est monté dans un bus avec le liquide et un briquet", mentionne le procureur général à propos de la préméditation de l'acte et d'une volonté de provoquer beaucoup de victimes. "Il avait donc réfléchi à ce qu’il voulait faire et il l’a fait."
Cas Crans-Montana
La presse est aussi évoquée. "Nous sommes obligés de composer avec, même si ça peut parfois compliquer les choses. Les médias peuvent aller plus vite que la police, car les contraintes ne sont pas les mêmes. Nous savons que nous devons gérer cette dimension et dans ce sens, l’expérience de Crans-Montana nous a servi", note-t-il.
Raphaël Bourquin parle encore de la surcharge de travail au sein du Ministère public fribourgeois que l'affaire de Chiètres ne fait qu'accroître. "Nous collaborons étroitement avec la police cantonale et je parviens à gérer l’enquête avec mon équipe en soutien. Je ne pense pas avoir besoin de renforts", affirme-t-il.
"L’incendie dans ce bus n’est pas comparable avec ce qui s’est passé à Crans-Montana", conclut le procureur général qui a remplacé Fabien Gasser au début janvier. "Ce sont deux affaires très différentes. Les responsabilités et le déroulement des événements à Chiètres sont plus clairement établis."