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RageKit : le journalisme engagé et factuel en Suisse romande

RageKit : le journalisme engagé et factuel en Suisse romande

RageKit, l’info engagée version romande

Avec deux millions de vues mensuelles, le média vidéo RageKit s'est imposé en quelques mois dans le paysage romand. Son collectif revendique un journalisme engagé, basé sur les faits et pensé pour les réseaux sociaux et les jeunes adultes.

Dans un local pas loin de Bel Air au centre de Lausanne, quelques-uns des sept membres - Roberta, Léo, Aurélien, Romain, Marie, Val et Davide - de la rédaction de RageKit se retrouvent pour un briefing. Au menu, un programme chargé: le G7, la votation sur une Suisse à 10 millions, la grève féministe du 14 juin.

Créé en janvier 2025, RageKit part d’un constat simple: une partie des réalités sociales reste largement absente des médias traditionnels. "Le fait de galérer, de passer par l’aide sociale, la prison, les addictions, le sans-abrisme, les parcours migratoires compliqués... ce sont des réalités très répandues mais très peu racontées", explique Aurélien à Keystone-ATS.

Proximité avec le public

Cette ligne éditoriale crée une proximité immédiate avec une partie du public. "Les gens nous écrivent: 'moi aussi j’ai vécu ça', 'merci d’en parler'." Pour lui, cet ancrage permet d’ouvrir d’autres portes: "Quand RageKit aborde ensuite l’impérialisme suisse à travers le négoce des matières premières, le message est porté par la même personne que le public a déjà suivie dans d’autres vidéos. Quelqu'un qui lui avait déjà parlé d’une réalité qu’il connaissait de près."

Le collectif revendique aussi une écriture adaptée aux usages numériques. "Nous ne faisons rien de révolutionnaire. Nous utilisons des codes qui existent sur internet depuis quinze ans", affirme Aurélien. "La seule chose un peu nouvelle, c'est d'appliquer ce format à ces sujets-là en Suisse romande."

Pour lui, l'authenticité constitue un élément central de la relation avec le public. "Nous arrivons en disant: 'Salut, je suis Aurélien. Je viens de là. Je pense ça. Ma source, c'est ça. Là, je trouve que c'est problématique. Là, je trouve que c'est intéressant. Là, je ne sais pas quoi penser, réfléchissons-y ensemble.'"

Echo auprès des jeunes

Cette stratégie semble trouver un écho auprès d'un public relativement jeune. RageKit touche principalement les 18-35 ans. Le média enregistre environ deux millions de vues mensuelles. Il revendique également plusieurs dizaines de milliers d'abonnés répartis entre Instagram (70'000), TikTok (37'000), Facebook (22'000) et YouTube (11'000), selon les chiffres officiels.

Face aux critiques sur le positionnement militant, il insiste sur la rigueur. "La factualité est essentielle. Quand tu cites une étude menée sur 250'000 personnes, c’est plus difficile de la balayer que l’opinion d’un individu sur Instagram."

Cette volonté se retrouve aussi dans la gestion des espaces de commentaires. RageKit dit répondre régulièrement aux critiques, y compris lorsqu'elles émanent de militants d'extrême droite. "Nous parlons avec tout le monde", explique Aurélien. Le collectif considère les discussions publiques comme un espace important d'information.

La culture du débat

"Quand quelqu'un d'extrême droite écrit une énormité et qu'on décide d'y répondre, on ne cherche pas vraiment à convaincre cette personne. En revanche, des milliers de personnes lisent ces échanges", poursuit le jeune homme de 29 ans. "Il existe des études montrant que les commentaires font partie des principales sources d'information de beaucoup de jeunes. Quand on l'a compris, on en a tenu compte".

Parmi les contenus marquants, Aurélien cite une enquête sur les tentatives de suicide en prison à l'hôtel de police de St-Martin à Lausanne. Les médias mainstream reprennent le sujet tout en se demandant si RageKit peut être considéré comme une source d'information fiable. "L'information se trouvait dans un document public du Grand Conseil", relève Aurélien.

Suivi dans les quartiers

Autre moment clé: la mort de Marvin, 17 ans, après une course-poursuite avec la police à Lausanne. Le collectif est parmi les premiers sur place. "On a recueilli des témoignages, puis fait une vidéo de vulgarisation en criminologie. Dans la littérature scientifique, ces courses-poursuites sont identifiées comme particulièrement dangereuses, surtout pour les mineurs." Dans la foulée, les visionnements vont bondir, en particulier dans les quartiers concernés.

Sur le plan financier, le média reconnaît fonctionner dans un équilibre fragile. Une campagne de financement participatif a permis de récolter environ 110'000 francs. "En gros, ce sont environ trois mille personnes qui ont donné une trentaine de francs chacune", explique Aurélien, relevant que très peu de dons se montaient à plus de 100 francs.

"Au fond, nous faisons cela parce que nous voyons l'extrême droite progresser partout en Europe", conclut Aurélien. Le jeune homme estime avoir réussi à "déradicaliser" une partie de ses proches et parle d'"une petite victoire personnelle".

Quant au nom du collectif RageKit, il vient de l'expression de jeu vidéo "rage quit", quand un joueur quitte une partie sous l’effet de la frustration. "L’idée, c’était de dire: face à la montée du fascisme, on ne va pas 'rage quit'. On ne va pas abandonner en disant: 'j’arrête tout et je vais vivre dans ma cabane.'"

ATS