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Réchauffement climatique : dégâts irréversibles sur les glaciers au-delà de 1,5 °C

Réchauffement climatique : dégâts irréversibles sur les glaciers au-delà de 1,5 °C

Agir vite pour sauver les glaciers

Dépasser 1,5 degré Celsius de réchauffement planétaire aura des conséquences "irréversibles" sur les glaciers, la banquise et les surfaces gelées de la Terre, alertent lundi deux rapports de l'ONU. Ils appellent à agir "aussi vite que possible".

Le franchissement du seuil de 1,5 degré de réchauffement planétaire par rapport à l'ère pré-industrielle, objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, "entraînera d'importantes - et souvent irréversibles" conséquences "au sein de la cryosphère et des océans polaires, "c'est-à-dire les régions de la planète caractérisées par la présence de neige, de glace et de sols gelés", indique l'un des rapports.

Fonte des glaciers et de la banquise, dégel du pergélisol, montée accélérée du niveau des mers: les répercussions seront multiples et augmenteront les risques d'inondations, les dommages économiques et écologiques, ainsi que les pénuries d'eau et les dangers en montagne.

Certains impacts sont déjà visibles, comme la disparition de 20% de la masse glaciaire en Suisse, souligne le rapport. Et même si l'objectif de 1,5 degré reste pertinent, il est déjà "trop haut" pour la cryosphère, dont la "température de sécurité" se situe plutôt autour de 1 degré, voire en dessous.

Récupération "très lente"

Le réchauffement planétaire atteint déjà 1,37 degré par rapport à l'ère préindustrielle. Et selon le réseau européen Copernicus, le dépassement avéré de 1,5 degré pourrait être atteint vers 2030.

"Pour limiter [...] les dégâts liés à la perte de glace dans les régions polaires et montagneuses du globe [...] les températures doivent être ramenées bien en dessous de 1,5 degré aussi rapidement que possible", explique James Kirkham, auteur principal de l'un des rapports, publiés une semaine avant la COP31, où les pays doivent discuter des mesures contre le réchauffement climatique.

"Chaque fraction de degré supplémentaire et chaque année passée au-delà de ce seuil entraînera des conséquences plus dévastatrices", insiste-t-il.

Les scientifiques avertissent notamment sur les risques de franchir certains points de basculement. Ils soulignent que, même en cas de retour sous 1,5 degré, "la récupération sera très lente".

Ainsi, pour les calottes glaciaires, ramener le réchauffement planétaire sous le seuil moyen de 1,5 degré "n'effacera pas pour autant les conséquences du réchauffement subi pendant la période de dépassement", avertit Chen Zhao, glaciologue spécialiste de l'Antarctique et contributrice aux rapports.

"Lueurs d'espoir"

Néanmoins, quelques "lueurs d'espoir" subsistent: certains glaciers pourraient se reconstituer partiellement si le réchauffement planétaire revient rapidement sous un seuil de 1,5 degré en moyenne, voire 1 degré. La banquise arctique pourrait aussi en bénéficier.

"Mais, malheureusement, le calendrier de cette reconstitution est très loin d'être linéaire par rapport à celui du déclin. Cela peut prendre plusieurs décennies, voire des siècles" a expliqué Matthew England, océanographe et climatologue à l'université de Nouvelle-Galles du Sud.

Le deuxième rapport montre qu'un dépassement de 2,8 degrés Celsius, qui se prolongerait au siècle prochain, aurait des conséquences considérables. Le niveau des mers pourrait ainsi augmenter jusqu'à 5 cm par an d'ici à 2150, contre 0,45 cm actuellement. La fonte du pergélisol pourrait par ailleurs libérer autant de CO2 chaque année que les États-Unis, deuxième plus gros pollueur mondial, en émettent actuellement.

"Tsunami des montagnes"

Un scénario du pire pas si improbable: selon un récent rapport de l'ONU, même si les pays tenaient leurs engagements climatiques, le monde se dirige vers un réchauffement autour de 2,6 degrés Celsius d'ici à 2100.

"Un dépassement temporaire de 1,5 degré ne signifie pas que les objectifs de l'accord de Paris sont hors sujet. Au contraire, cela les rend encore plus urgents", remarque M. Kirkham. Et "des ambitions politiques suffisantes et immédiates", notamment en matière de réduction des énergies fossiles, "peuvent encore réduire significativement les dommages à la cryosphère et leurs conséquences" sur les populations et la planète.

"Les décisions prises au cours des prochaines années détermineront l'ampleur des dégâts", souligne dans un communiqué Gunjan Silwal, chercheur népalais spécialiste des glaciers, rappelant que "la tragédie au Népal n'est qu'un avant-goût".

Ce "tsunami des montagnes", causé par l'effondrement d'un glacier et d'un pan d'un sommet du nord du pays, attribué par les scientifiques au réchauffement climatique, a fait en août plus de 1500 morts et 5000 disparus

ATS