Conférence nationale à Berne pour comprendre le masculinisme
Conférence nationale sur le masculinisme
Une étude récente montre qu'en Suisse un homme sur cinq adhère à une conception de la masculinité fondée sur la domination. Une conférence nationale lundi à Berne veut mieux comprendre le phénomène.
Les résultats de l'étude publiée en juin par l'Université de Zurich et l'association mencare/männer.ch montrent que 20% des hommes interrogés et 7% des femmes sondées adhèrent à l'idée d'une masculinité fondée sur la domination. Le "facteur M", mesuré dans l'étude, désigne un ensemble d'attitudes regroupant différentes conceptions restrictives de la masculinité et des relations entre les genres.
Le concept est associé à des prétentions de supériorité masculine, une propension à la violence, à la misogynie, au mépris des minorités sexuelles et au rejet de l'égalité. Le phénomène touche particulièrement les jeunes hommes. La moitié des hommes de 18 à 24 ans s'inquiètent de la marginalisation croissante des "vrais hommes" dans la société. Et près d'un homme sur trois dans cette tranche d'âge appartient au groupe ayant les scores les plus élevés.
"Un jeune en construction identitaire va être impacté, déstabilisé et influencé par cette vision du monde", analyse Gilles Crettenand, responsable de mencare/männer.ch Suisse romande, interrogé par Keystone-ATS.
Une conférence nationale
Pour faire face à ce phénomène, la Suisse tente de se coordonner. Une conférence nationale "Attention à la manosphère!", destinée aux spécialistes et au réseautage, avait lieu lundi à Berne. Elle a été ouverte par le conseiller fédéral Beat Jans, chef du Département fédéral de justice et police, aux côtés des conseillères d’Etat Jacqueline Fehr (Zurich) et Nathalie Fontanet (Genève).
L'objectif de la conférence est de créer une base de connaissances commune et de transmettre des informations permettant de mieux comprendre les dimensions et les dynamiques de la violence et de la radicalisation masculinistes. Pour ce faire, les acteurs du terrain, les spécialistes mais aussi les représentants de de Confédération, des cantons et des communes échangeront leurs expériences et connaissances en mettant en commun leur savoir-faire. Une collaboration nationale est indispensable, souligne Gilles Crettenand.
"Le changement des normes sociales de genre est multifactoriel. Il faut travailler un peu à tous les niveaux en même temps", note-t-il. Il évoque les différents axes: la prévention et la promotion de la santé (notamment à l'école) et la sécurité (avec les corps de police). "Ces axes sont complémentaires, il faut donc créer des liens et développer un réseau de compétences", ajoute M. Crettenand.
Des outils pour prévenir les dérives
Le centre de compétence Hommes et masculinités organise d'ailleurs des formations pour les professionnels de la santé, du social, de l'éducation ou de la sécurité. Le canton de Zurich a été très actif sur cette thématique; Genève et les cantons romands commencent à débloquer des fonds pour des programmes d'action, comme Vaud par exemple.
Il insiste sur le besoin d'informer et de former parents, enseignants/professeurs mais aussi les personnes directement concernées: les élèves, filles ou garçons. "Plus on va leur donner des outils de lecture, au travers l'esprit critique, au travers de l'apprentissage de compétences psychosociales, de l'apprentissage de compétences relationnelles, moins ils seront vulnérables à ce type de propos et de comportements et de dérives ensuite", soutient M. Crettenand.
Les interventions dans les écoles auprès des jeunes sont de plus en plus fréquentes, se réjouit Gilles Crettenand. "Il faut développer ce plan d'action dans le plus de cantons possible, car il n'y a que de cette manière que cela sera vraiment efficace", conclut-il.