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Vandoeuvres : procureur et défense s'affrontent sur amour et raison

Vandoeuvres : procureur et défense s'affrontent sur amour et raison

Procès Vandoeuvres: 14 ans et 6 mois requis

Le médecin jugé pour avoir abattu sa femme à Vandoeuvres (GE) a été au centre d'un mano a mano au tribunal sur l'amour et la raison. Le Ministère public a requis mercredi 14 ans et six mois de prison. "C'est le crack qui a tué", dit la défense qui veut une libération.

Devant le Tribunal criminel de Genève, le procureur général Olivier Jornot a parlé d'un homme accaparé par son cabinet, en proie à une "pathologie narcissique" reconnue par l'expertise psychiatrique. Selon lui, le prévenu trouve en permanence des excuses et prétend soigner sa femme, qu'il insulte régulièrement, de ses maux. "Tout cela était faux. On n'a pas beaucoup d'amour".

"Le réquisitoire ne confine pas seulement au dénigrement, mais aussi au mépris", a rétorqué Me Yaël Hayat, estimant que "jamais le prévenu n'a renoncé à cet amour". Contredisant le Ministère public, elle a défendu un homme qui, selon elle, avait "l'absolue volonté" d'aider sa femme à se soigner face à l'alcool et à la drogue. Là où le procureur reproche au dermatologue des années d'emprise sur son épouse dans un couple toxicomane. "C'est la première mort", dit-il.

Responsabilité restreinte plaidée

S'ensuit une "deuxième mort", la vraie, celle des quatre coups de feu dans le dos de la victime dans la maison familiale, en octobre 2021, dans un contexte de délire mystique aggravé par une prise massive de cocaïne et de crack. Le médecin reprochait à sa femme de ne pas accepter d'avouer des abus subis de la part de son père à elle. Celle-ci avait seulement admis une tentative d'attouchement qu'elle avait pardonnée.

Le Ministère public demande lui de ne pas retenir seulement l'homicide, mais également un assassinat avec une diminution réduite de la responsabilité. Pour ces faits, il requiert 12 ans et fait remarquer que le médecin a passé des coups de téléphone et consommé de la pornographie après les coups de feu. Il ne croit pas à une préméditation de longue date mais il observe que le fait de tuer son épouse était "ancré" chez le prévenu qui "savait qu'il tirait sur sa femme".

"Un acte qui surgit de nulle part", "un effet de l'éclipse totale de la raison", lui oppose Me Hayat. "C'est le crack qui a tué", insiste-t-elle, réfutant l'assassinat et plaidant l'irresponsabilité ou une responsabilité largement restreinte. Et d'affirmer qu'en 2021, aucune violence ne peut être reprochée à son client avant ces tirs.

Verdict vendredi

Une expertise privée, dont le tribunal a refusé d'auditionner les responsables, a abouti à "une prise de conscience différée" du prévenu en raison de son état psychotique, a dit Me Cédric Kurth. Il souhaite la libération du dermatologue.

Selon le procureur, une "troisième mort" de l'épouse aura été observée pendant l'instruction et au procès. Le quinquagénaire "va chercher à se soustraire de toute responsabilité" et "il va de surcroît se poser en victime", affirme-t-il.

Pour l'acquisition d'une quantité de drogue comparable à celle d'une base arrière" de dealers, pour laquelle la défense plaide une consommation privée, il souhaite deux ans de prison. Auxquels devraient s'ajouter six mois pour les autres chefs d'accusation. Notamment la tentative d'abus de détresse contre la femme de ménage sans papiers à laquelle le médecin aurait demandé des faveurs sexuelles. La défense demande l'acquittement sur cette question.

Tête souvent baissée, marmonnant, soufflant, le prévenu a beaucoup levé les sourcils et montré parfois des signes d'agacement au moment du réquisitoire. Il a ensuite éclaté en sanglots à plusieurs reprises pendant les plaidoiries. Le verdict sera rendu vendredi.

ATS