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Prisons

Détentions illégales dans le canton de Vaud : une décennie d’alertes

Détentions illégales dans le canton de Vaud : une décennie d’alertes

Des petites cellules sans eau courante et sans lumière du jour. Le canton de Vaud est régulièrement pointé du doigt pour ses conditions de détention illégales en zones carcérales de police. La situation est connue depuis dix ans. Alors pourquoi en est-on encore là en 2026 ? Enquête.

Une durée de détention rarement respectée

Prévues pour des détentions de 48h maximum, les cellules de police vaudoises retiennent des détenus pendant plusieurs semaines. Dans les deux principales zones carcérales du canton (l’Hôtel de police de Lausanne et le poste de la Police cantonale à la Blécherette) certains sont restés jusqu’à 62 et 47 jours en 2025.

Grégory, arrêté en 2015, a passé quatorze jours, enfermé 23h/24h dans sa cellule à la Blécherette : « Il n’y a rien. Le lit, les toilettes turques, un gros bloc de béton… Comme je dis souvent, la dignité, vous la laissez au portail ». 

Après 48h de détention, les détenus devraient rejoindre la prison des Bois-Mermet ou celle de la Croisée, prévues pour la détention provisoire. Mais leur taux d’occupation atteignent respectivement 166 % et 143 %. Faute de place, les détenus restent dans les cellules de police.

Selon le Tribunal fédéral, ces conditions sont illicites et contraires à la Convention européenne des droits de l’Homme. 

Des actes auto-dommageables jusqu’à la tentative de suicide

La problématique dure depuis plus de 10 ans, avec de lourdes conséquences sur la santé des détenus. Bruno Gravier, psychiatre et ancien directeur du service de médecine et de psychiatrie pénitentiaires du CHUV (SMPP), qualifie ces conditions d’« archaïques » et d’« inacceptables ». Selon lui, elles peuvent provoquer des décompensations psychiques et des actes auto-dommageables pouvant aller jusqu’à la tentative de suicide.

À l’Hôtel de police de Lausanne, entre 80 et 82 actes auto-dommageables ont été recensés chaque année depuis 2023, selon la Police Municipale de Lausanne. Des chiffres qui ne sont pas reconnus par le SMPP. Le service du CHUV ne dispose pas de statistiques fiables pour l’ensemble des établissements. Pour la députée Ensemble à Gauche Mathilde Marendaz, cette absence de chiffres témoigne d’une « volonté d’opacité du système pénitentiaire ».

Le Canton prévoit zone d’attente carcérale (ZAC) à Orbe

Pour résoudre le problème, le Canton prévoit une zone d’attente carcérale (ZAC) de 60 places à Orbe d’ici 2028. Un projet à 40 millions de francs soutenu par la majorité du Grand Conseil, mais qui ne convainc pas totalement Benjamin Brägger.

Le juriste mandaté par le Canton pour produire un rapport sur la surpopulation carcérale rappelle que 250 places ont déjà été construites en quinze ans sans résorber la surpopulation carcérale. Selon lui, le problème vient des détentions provisoires, plus nombreuses et plus longues dans le canton de Vaud que dans le reste de la Suisse à criminalité égale.

Un constat rejeté par le procureur général Éric Kaltenrieder : « Le canton de Vaud n’est pas plus sévère. Les détentions provisoires se justifient au vu des enquêtes d’envergure menées par le Ministère public ».

De son côté, le conseiller d’État Vassilis Venizelos se dit conscient de la problématique et appelle à un débat national : « Aujourd’hui, les Chambres fédérales n’arrêtent pas de durcir le Code pénal. Le service pénitentiaire est en bout de chaîne, il hérite de ce durcissement et doit donner une réponse immédiate. »