Kiev visée par drones et missiles : au moins 21 morts
Attaque massive sur Kiev
La capitale ukrainienne a subi au cours de la nuit la pire frappe de drones et missiles russes depuis le début de la guerre, qui a fait au moins 21 morts et 85 blessés. Kiev a promis jeudi de rendre coup pour coup à Moscou qui poursuit ses attaques.
"La Russie frappe des cibles civiles uniquement pour contraindre l'Ukraine à renoncer à son État", a dit le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s'est rendu sur les lieux des bombardements. "C'est sur cela qu'elle a misé pendant toute la durée de la guerre. Ça n'arrivera pas", a-t-il ajouté, assurant que l'Ukraine riposterait à ces frappes.
Plus de quatre ans après le début de l'invasion du pays par l'armée russe, celle-ci lance régulièrement des frappes massives impliquant des centaines de drones et dizaines de missiles sur l'Ukraine et sur sa capitale. Kiev, avec des moyens bien moindres notamment en matière de missiles, a aussi fait monter en puissance ses attaques sur le territoire russe, portant un coup notamment au secteur pétrolier.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, l'Ukraine a été visée par 496 drones et 74 missiles de différents types, dont respectivement 476 et 48 ont été interceptés, selon l'armée de l'air ukrainienne.
La capitale, Kiev, a en particulier été ciblée. Des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions pendant plusieurs heures et l'alerte aérienne a duré plus de 11 heures d'affilée. Dans l'un des quartiers touchés, un journaliste a vu un corps extrait des débris.
Selon les services de secours, au moins 21 personnes ont trouvé la mort dans cette attaque et 85 ont été blessés, dont deux enfants. L'exploration des décombres se poursuit.
Des pans entiers de bâtiments résidentiels se sont effondrés, un bâtiment abritant des ambulances a été touché tout comme, selon Katarina Mathernova, ambassadrice de l'UE en Ukraine, un "lieu où résident des membres du personnel diplomatique", sans y faire de victimes.
Une porte-parole de l'UE, Anitta Hipper, a confirmé qu'un bâtiment qui "accueillait plusieurs diplomates" a été touché par la chute de débris.
"Aucune volonté de négocier"
L'un des principaux entrepôts de la Croix-Rouge ukrainienne renfermant des fournitures humanitaires a aussi été "détruit".
"Au total, 320'000 unités de matériel et d'équipements humanitaires (...) ont été perdues", a indiqué l'ONG sur Facebook. Ailleurs, c'est un stock de 800'000 livres d'une maison d'édition qui a été perdu.
Il s'agit de l'attaque "la plus massive" sur la capitale depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, a affirmé le maire Vitali Klitschko, qui a déclaré vendredi "jour de deuil".
"La Russie va continuer à augmenter la pression sur le régime de Kiev afin d'obtenir la réalisation des objectifs qu'elle s'est fixés", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, à des journalistes dont l'AFP.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a déclaré qu'elle allait proposer de nouvelles sanctions à l'encontre des "entités soutenant le complexe militaro-industriel russe".
Pour Berlin, l'attaque souligne que "Poutine ne montre aucune volonté de négocier", selon un porte-parole de la diplomatie allemande, affirmant que le soutien à Kiev sera à l'agenda du prochain sommet de l'Otan à Ankara.
Paris a également dénoncé l'"absence de volonté de négocier de bonne foi" et l'"obstination" de Moscou à poursuivre la guerre, alors que les négociations sous médiation américaine sont à l'arrêt.
Le ministère russe de la Défense a, lui, parlé d'une "frappe massive" menée "en réponse aux attaques terroristes du régime de Kiev contre des infrastructures civiles", assurant que c'étaient des "entreprises de l'industrie militaire et des sites énergétiques" qui avaient été visés dans Kiev et sa région.
Réfugiés dans le métro
Dans les rues de Kiev, les habitants ont afflué vers les abris, parfois un matelas sous le bras. Quelque 52.000 personnes, dont 4500 enfants, se sont réfugiés dans le métro, la plus grande affluence constatée de nuit ces dernières années, selon l'opérateur du métro de la capitale.
"Il y eu trois frappes ici. La moitié du bâtiment est détruite, le toit n'existe plus", a dit Sabina Mambetova, 32 ans, dont l'appartement a été détruit. "Il y a eu beaucoup de frappes auparavant, mais c'est la première fois que c'est comme ça", a-t-elle dit à l'AFP, parlant d'un "véritable cauchemar".
"J'ai attrapé mon enfant et couru vers un abri, dont je ne suis pas sorti avant ce matin. Beaucoup de mes proches ne répondent pas. Maintenant, nous essayons de joindre tout le monde", a expliqué Karina Taran, 25 ans, qui confie avoir cru vivre sa dernière heure.
En représailles aux frappes russes, l'Ukraine a multiplié les attaques sur les raffineries et dépôts de pétrole en Russie, provoquant des pénuries de carburant dans la pays.
Le 18 juin, une attaque ukrainienne massive a fait 17 blessés et touché une importante raffinerie de Moscou.
Dans la nuit de mercredi à jeudi en Russie, un civil a été tué dans la région de Belgorod, frontalière de l'Ukraine, et un autre dans la région de Nijni Novgorod, à 400 km à l'est de Moscou, dans des attaques de drones ukrainiennes, selon les autorités locales respectives.