Brésil : milliers d'indigènes à Brasilia pour la démarcation foncière
Brésil: des milliers d'indigènes à Brasilia
Des milliers de militants indigènes du Brésil se sont installés dimanche à Brasilia pour une assemblée annuelle prévue dans la capitale jusqu'à vendredi en vue de faire valoir les droits qu'ils revendiquent sur leurs terres ancestrales.
Musique, danses et débats vont s'enchaîner sur l'Esplanade des Ministères. Les organisateurs du Campement Terre Libre, qui se tient tous les ans depuis 2004, tablent sur 7000 à 8000 participants. La plupart effectuent de longs trajets en bus et en bateau pour rejoindre Brasilia.
"L'État brésilien a une dette monstrueuse envers les peuples autochtones, et chaque avancée sur la question de la démarcation, chaque processus de politique publique en faveur des peuples autochtones est un pas de plus", a exposé à l'AFP Alcebias Sapara, porte-parole de la Coordination des organisations indigènes de l'Amazonie (Coiab).
Les revendications foncières des autochtones dans le plus grand pays d'Amérique latine se heurtent au puissant secteur agricole et à ses alliés au Parlement brésilien.
Le Congrès, à majorité conservatrice, a approuvé en 2023 une loi selon laquelle les peuples autochtones ont droit uniquement aux terres qu'ils occupaient au moment de la promulgation de la Constitution en 1988.
Territoires ancestraux
Les organisations de défense des indigènes argumentent que de nombreux territoires ancestraux n'étaient pas occupés à l'époque car les populations autochtones en avaient été évincées de force, notamment pendant la dictature militaire (1964-1985).
La loi a été jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême avant que le Parlement ne contre-attaque avec une autre loi, poussant la Cour suprême à lancer une procédure de "conciliation".
Mardi et jeudi, les participants au Campement ont prévu de marcher jusqu'au Congrès et à la présidence.
Le président Luiz Inácio Lula da Silva gouverne avec une large coalition qui bénéficie du soutien des autochtones, mais qui inclut aussi des secteurs de la filière de l'agro-négoce.
Depuis le début de son troisième mandat, en janvier 2023, Lula a homologué 20 terres indigènes, tandis que son prédécesseur d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022) avait tenu sa promesse "ne pas céder un centimètre de plus" aux autochtones.
En février, son gouvernement a abrogé un décret qui désignait les principaux fleuves amazoniens comme prioritaires pour la navigation de marchandises, notamment le transport des céréales.
Le décret, contesté dans des manifestations pendant plusieurs semaines, notamment devant un terminal du géant agro-industriel américain Cargill à Santarém (nord), aurait permis l'expansion des ports privés et le dragage des fleuves, considérés comme vitaux pour le mode de vie des peuples indigènes.
Les autochtones exigent que le gouvernement aille plus loin et procède à la démarcation de leurs territoires.