Des Tchèques par milliers dans la rue pour soutenir le président
Jusqu'à 90'000 Tchèques derrière Petr Pavel
Des dizaines de milliers de Tchèques se sont rassemblés à Prague dimanche pour soutenir le président pro-ukrainien du pays, Petr Pavel, dans son bras de fer avec le gouvernement nationaliste du milliardaire Andrej Babis.
Les organisateurs du mouvement citoyen indépendant "Un Million de Moments pour la Démocratie" affirment que jusqu'à 90'000 personnes ont manifesté, certaines brandissant des drapeaux tchèques, européens et ukrainiens.
Le gouvernement issu des élections législatives d'octobre est composé du parti attrape-tout ANO et de deux formations eurosceptiques, le parti d'extrême droite SPD et celui de droite Motoristes.
Et la question de la nomination d'un ministre controversé et le soutien à l'Ukraine, en guerre contre la Russie depuis 2022, ont creusé le fossé avec Petr Pavel, qui préside ce pays de 10,9 millions d'habitants depuis 2023.
"Le diable de la dictature"
"Nous sommes ici pour montrer au président qu'il n'est pas seul. Le diable de la dictature ne dort jamais et nous devons rester vigilants", a déclaré à l'AFP Alena Krotká, une retraitée qui avait manifesté contre le régime communiste à Prague sur cette même place Venceslas en 1989.
Mardi, Petr Pavel a publié des messages dans lesquels le ministre des Affaires étrangères Petr Macinka, également président des Motoristes, le menace de représailles s'il ne nomme pas son camarade de parti Filip Turek à l'Environnement.
Filip Turek, ex-député européen, fait l'objet d'une enquête pour violences conjugales et viol après une plainte déposée par son ancienne compagne.
Les médias ont par ailleurs dévoilé des messages misogynes et racistes de M. Turek sur les réseaux. La police a aussi enquêté sur des soupçons de possession d'objets nazis et de salut hitlérien, avant de classer l'affaire.
"Nous devons mettre un terme à ce type de comportements au plus haut niveau politique, on ne peut pas continuer comme ça", a déclaré Teodor, un lycéen de 16 ans venu à la manifestation avec une banderole louant le chef de l'État.
Le président a refusé de nommer M. Turek, jugeant que ses actes "soulèvent des doutes quant à sa loyauté envers les valeurs inscrites dans la Constitution tchèque".
M. Macinka, qui détient aussi actuellement le portefeuille de l'Environnement, a interdit mardi à un journaliste ayant publié les messages controversés de M. Turek de participer à une conférence de presse.
Le président réagit
L'opposition parlementaire a lancé une motion de défiance contre le gouvernement la semaine prochaine, mais elle ne devrait pas mettre en danger le cabinet de Babis, dont la coalition est majoritaire au parlement.
"J'apprécie profondément tous ceux qui ne restent pas indifférents à ce qui se passe autour d'eux et qui se sentent responsables de l'état de notre pays", a réagi dimanche le chef de l'Etat sur X.
MM. Pavel et Babis s'affrontent également sur l'envoi d'avions de chasse fabriqués localement à l'Ukraine : alors que le président soutient la livraison de quatre appareils L-159, le gouvernement, qui s'oppose à l'aide militaire à Kiev, justifie son refus en affirmant que Prague en a besoin.