La défense plaide que Ousman Sonko n'a commis aucun crime sous Jammeh
Selon son avocat, le ministre est innocent
L'avocat d'Ousman Sonko a qualifié de dictature le régime de l'ancien président gambien Yahya Jammeh lors de sa plaidoirie. Selon lui, son client, ancien ministre de ce régime, n'aurait toutefois rien à se reprocher, n'ayant commis aucun crime.
Au cours des deux derniers jours, l'avocat genevois d'Ousman Sonko a brossé le portrait d'un homme qui n'aurait fait que rechercher le bien de son pays – d'abord dans l'armée, puis dans la garde nationale, et, à partir de 2006, en tant que ministre de l'Intérieur.
L'ancien ministre a confirmé jeudi les dires de son avocat lorsque la parole lui a été donnée. Il aurait eu connaissance par des sources inofficielles des mauvais traitements infligés par les Junglers, une milice paramilitaire, ainsi que par les services de renseignement gambiens. C’est pourquoi il aurait toujours eu à coeur que ses collaborateurs ne soient pas impliqués dans de tels actes.
Il conteste totalement les faits où il aurait participé en tant que complice et les infractions pour lesquelles le Ministère public de la Confédération le poursuit, à savoir les homicides, les actes de torture, les viols, les séquestrations, les lésions corporelles, qui constituent des crimes contre l’humanité.
Les miliciens pas sous son autorité
Au cours de sa plaidoirie qui a duré des heures, l’avocat d'Ousman Sonko a tenté de réfuter la complicité de son client dans ces crimes. Ce faisant, il a répété à maintes reprises certains arguments, notamment celui selon lequel Sonko – qui occupait alors le poste de ministre de l’Intérieur – n’avait aucun pouvoir sur les Junglers, qui ont commis une partie des actes de torture dont la complicité lui est reprochée.
De même, son client n’aurait pas pu donner d’instructions aux services secrets nationaux. Ces derniers ainsi que les Junglers auraient été placés sous l’autorité du président. D’ailleurs, les Junglers n’auraient pas fait partie officiellement de l’appareil d’État. À cet égard, les actes commis par les Junglers sur ordre du président auraient été, pour ainsi dire, une affaire privée, selon l'avocat.
Les avocates des parties plaignantes et la procureure de la Confédération ont rétorqué en démontrant que l’appareil d’État avait été remodelé, notamment par des modifications législatives, de manière à servir de rouage pour la répression des opposants, des détracteurs du régime et des journalistes critiques.
C'est ainsi que certaines des victimes ont été arrêtées lors d'une manifestation non autorisée en avril 2016. La police les a remises aux services secrets qui les ont torturées, causant le décès d'un opposant. La défense a de son côté qualifié ces arrestations de mesure légitime prise par la police pour rétablir l'ordre public. S'il condamne les actes de torture comme inacceptables, l'avocat souligne que son client n'a rien à voir avec de tels actes. Les mandataires des parties plaignantes ont vivement contesté ce point de vue.
La procureure a requis la perpétuité, ainsi qu'une expulsion d'une durée de 15 ans. La défense a plaidé l'acquittement. En outre, elle a réclamé, en cas d'acquittement, qu'Ousman Sonko soit dédommagé à hauteur de près d' un million de francs à titre d'indemnités pour la détention injustifiée.
Le procès a touché à sa fin jeudi. Le verdict sera donné à une date encore non définie.
(Affaire CA.2025.3)