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Loi sur l'aéroport de Sion : les opposants poursuivent leur campagne

Loi sur l'aéroport de Sion : les opposants poursuivent leur campagne

Votations cantonales - VS

"Pas d'argent public pour les jets privés": avec ce slogan, la gauche et plusieurs associations poursuivent leur campagne contre la loi sur la société de gestion et d'exploitation de l'aéroport de Sion. Le comité du NON estime notamment que les intérêts de la population ne sont pas correctement pris en compte.

"Les Vert-e-s ne sont pas opposés ni par principe, ni par idéologie à la présence d'un aéroport", a tenu à préciser mardi en conférence de presse le député écologiste Emmanuel Revaz. Il s'agit d'avoir une "infrastructure de taille raisonnable" qui garantisse des prestations "qui servent réellement l'intérêt public", à l'image des missions de secours, de surveillance de dangers naturels ou de recherche, par exemple.

Le chef de groupe au Grand Conseil a aussi évoqué le chemin parcouru par le texte, qui a fait l'objet de plusieurs années de travaux et de discussions. Débattu et adopté par 103 voix contre 24 et 2 abstensions en mars dernier, le projet avait déjà été combattu par les Vert-e-s.

Ces derniers avaient notamment proposé d'inscrire des critères environnementaux et climatiques dans la loi et de mieux préciser le périmètre d'intérêt public. Leurs propositions avaient toutes été rejetées par le Parlement. Les opposants avaient alors rapidement lancé un référendum et recueilli 3805 signatures valables, ce qui a débouché sur la votation du 29 novembre.

Un nouveau modèle de gestion

Pour mémoire, la loi sur la société de gestion et d'exploitation de l'aéroport de Sion a pour objectif de créer une société chargée de gérer et d'exploiter le site sédunois, actuellement en mains de la Ville. Elle prévoit qu'au minimum 34% du capital-actions de la société soient détenus par l'Etat du Valais et au minimum 20% par la commune de Sion.

En cas de refus de la loi, le fonctionnement actuel de l'aéroport serait maintenu jusqu'en 2031. La Ville resterait détentrice de la concession fédérale. Au-delà de cette échéance, la Confédération déciderait de la suite de l'exploitation civile. Le Conseil d'Etat estime qu'une telle infrastructure doit continuer d'être pilotée majoritairement par les collectivités publiques.

La question du financement

Le texte prévoit aussi un nouveau modèle de financement. Pour l'heure, la Ville de Sion et le canton du Valais prennent en charge le déficit d'exploitation et les investissements à hauteur de 50% chacun. La proposition de loi vise à indemniser la future société pour ses tâches d'intérêt public. La nouvelle clé de répartition serait de 70% pour l'Etat, 20% pour la Ville de Sion et 10% à la charge de l'ensemble des communes valaisannes.

L’indemnité attendue se monterait entre 3 et 6 millions de francs par an, en comptant les parts de la Ville de Sion et des autres communes valaisannes. Son montant varierait en fonction du soutien financier de la Confédération pour la sécurité aérienne, qui s’élève en moyenne à 3 millions de francs par an.

"Un chèque en blanc"

"Dans cette loi, il est question de subventionner un aéroport qui a toujours été en déficit", a déclaré la députée socialiste Marie-Josée Reuse, qui a regretté que le "déficit de six millions" dont il est question ne figure pas dans la loi. "C'est donc un chèque en blanc que nous offrons, puisque le parlement n'a pas souhaité mettre de montant maximum dans la loi."

La coprésidente des Vert'libéraux Valais Léonore Bornand s'est elle aussi préoccupée des chiffres. "En 2025, l'aéroport de Sion a accueilli un peu moins de 40'000 passagers, a-t-elle avancé. Pour atteindre l'équilibre financier, il en faudrait 71'000. (...) On ne décrète pas un marché par la loi."

Selon l'argumentaire des opposants, l'argent dont il est question devrait être investi "dans des projets qui profiteraient à l'ensemble de la population." Les fonds publics "ne doivent pas être utilisés pour des projets réservés à une élite", détaille le texte qui cite "les jets privés de quelques privilégiés qui décollent et atterrissent" sur le site sédunois.

"Répercussions directes sur le quotidien"

Les mouvements aériens sont également au cœur des critiques avancées par le comité du NON. Selon le scénario de base présenté par le Conseil d’Etat en décembre dernier, le trafic pourrait passer d’environ 42’000 mouvements en 2024 à 48’900 par an à l’horizon 2040. Le gouvernement a précisé que la loi ne vise pas "une extension des activités aériennes", mais une "optimisation de l’organisation et de l’exploitation de l’aéroport".

"L'intensification du trafic aérien aura des répercussions directes sur le quotidien des riverains et de la population du Valais central", a alerté Jérémy Savioz. Et le chargé d'affaires de Pro Natura Valais de citer les nuisances sonores, la dégradation de la qualité de l'air ou encore les impacts sur la santé de la population.

Le député des Vert-e-s a aussi jugé la stratégie climatique du Conseil d'Etat paradoxale, puisque celui-ci s'est engagé à réduire ses émissions de CO2. "Il y a une totale incohérence à vouloir aujourd'hui investir dans l'aviation commerciale", a-t-il encore dénoncé.

La population valaisanne se prononcera le 29 novembre prochain sur cet objet. L'autre porte sur un salaire minimum cantonal.

ATS