Albanie : nouvelle manifestation contre un projet touristique lié aux Trump
La révolution des flamants roses se poursuit
Des milliers de personnes ont manifesté samedi soir à Tirana au 42e jour d'un mouvement de protestation contre un projet touristique lié à la famille Trump. Depuis le 30 mai, des rassemblements sont organisés tous les soirs devant le bureau du chef du gouvernement.
Samedi soir, alors que les manifestants défilaient, à 4,5 km du bureau du premier ministre Edi Rama, des dizaines de milliers de personnes assistaient au concert du rappeur américain Kanye West qui a fait scandale avec ses propos et ses chansons glorifiant Adolf Hitler - ce qu'il impute à un trouble bipolaire.
Le concert de samedi devait accueillir 60'000 personnes, mais, selon les médias locaux, cette semaine, les ventes de billets étaient très inférieures aux objectifs. Conséquence, le gouvernement a offert un financement d'environ quatre millions d'euros pour empêcher l'annulation de l'événement et "éviter de mettre l'Albanie dans l'embarras", selon Edi Rama, qui a reçu le rappeur avant son concert.
De quoi ajouter à la colère des manifestants: "Quatre millions d'euros pour le spectacle, rien pour nos hôpitaux"; "On n'a pas besoin de concert, mais d'hôpitaux", pouvait-on lire sur des pancartes dans le cortège.
Aires protégées
En l'absence de comptage indépendant, il est difficile de savoir combien de personnes manifestent le soir à Tirana, mais les journalistes de l'AFP sur place en ont vu des milliers presque à chaque fois, notamment samedi, et des dizaines de milliers le 4 juillet. Certaines manifestations cette semaine ont paru plus clairsemées.
La "révolution des flamants roses", une référence à ces oiseaux vivant sur le site naturel protégé où est prévue la construction du complexe touristique, est née d'un projet hôtelier lié à la famille Trump à Zvernec, sur la côte adriatique, dans l'île inhabitée de Sazan, un joyau qui fut une zone militaire du temps de la dictature communiste.
Les manifestants affirment que ce complexe hôtelier de luxe, dont le coût est évalué à 4,6 milliards de dollars, constitue un risque pour l'environnement et pour une lagune voisine essentielle à la migration des oiseaux.
Les manifestants s'interrogent aussi sur la légalité des transactions qui ont permis aux investisseurs d'acquérir les terrains, plusieurs habitants de la région concernée affirmant qu'ils leur appartiennent en vertu de titres de propriété vieux de plusieurs décennies.
Le parquet anticorruption albanais a ouvert une enquête pour comprendre comment ces terrains situés dans la zone côtière protégée de Zvernec ont été acquis, comment ils ont changé de main et pourquoi leur valeur est passée de 5,5 millions d'euros à 122 millions en quelques mois.