Le collectif ABAL quitte les anciens abattoirs de Serrières (NE)
Culture - NE
"Face à l’annonce d’une plainte déposée par la Ville de Neuchâtel et au climat d’intimidation qui en découle", le collectif ABAL a pris la décision de quitter les anciens abattoirs de Serrières (NE) dans la nuit de lundi à mardi. Le collectif, qui souhaite créer un centre artistique autogéré, était installé depuis le 6 juin sur le site.
"Cette décision est motivée par des impératifs de sécurité pour les occupants et par la réalité financière: ce mouvement, né de la bonne foi et du besoin culturel, n’a pas pour vocation à s’enliser dans un rapport de forces judiciaire coûteux et anxiogène que la Ville a elle-même initié", a indiqué mardi le collectif ABAL (Association bénévole autogérée du Littoral).
"L’annonce de la plainte, diffusée via un live du Conseil général sans notification préalable écrite, a créé un climat d’insécurité juridique incompatible avec la sérénité nécessaire à l’action du collectif", a-t-il ajouté.
"Droit de priorité"
A la suite d'une question PLR, la conseillère communale en charge de la culture, la socialiste Julie Courcier Delafontaine, a déclaré lundi soir au Conseil général que la Ville était prête à essayer de trouver des solutions de soutien avec le collectif, comme elle le fait avec d'autres acteurs culturels, pour autant qu'il libère les lieux et s'identifie. "Ce qu'il a refusé de faire".
Dans ces conditions, le collectif revendique en somme un droit de priorité sur tous les autres acteurs socioculturels, a ajouté la conseillère communale. La Ville ne peut pas privilégier un projet, "ce qui serait injuste et irrespectueux pour tous les autres acteurs qui recherchent des locaux et respectent les procédures".
Le collectif a déploré la "rhétorique agressive" du Conseil communal, qui a assimilé ABAL à des occupants hostiles, niant ainsi "la nature profondément citoyenne, pacifique et constructive du projet". Il regrette qu’aucune proposition concrète n’ait été formulée lors de la visite-éclair de 15 minutes effectuée par une délégation communale.
Le Conseil communal avait sommé les occupants de quitter les lieux vendredi dernier, ce que le collectif avait refusé de faire. L’exécutif a rappelé que le site est pollué et présente des risques d’effondrement à certains endroits.
Démolition prochaine
"La démolition du site est prévue dès la rentrée d’août", a précisé Julie Courcier Delafontaine. Les anciens abattoirs sont actuellement utilisés à des fins de stockage de matériel. Ils commencent à être vidés, en vue de la démolition.
La Ville pourrait installer une station de chauffage à distance dans le sous-sol du lieu. Le site fait l'objet de réflexions dans le cadre du plan d'aménagement local (PAL).
Pour le collectif, ce départ se fait dans un contexte où les questions de fond restent sans réponse. Selon lui, aucune preuve formelle (délibération actant une date de travaux) n’a été fournie pour justifier l’urgence de la démolition.
ABAL relève qu'aucune expertise indépendante (amiante, structure) n’a été partagée, alors que des employés communaux continuent de fréquenter le site et d’y stocker du matériel. Selon le collectif, aucune solution de relogement ou alternative concrète n’a été proposée malgré l’ultimatum.
Pour le collectif, l’occupation des abattoirs aura permis de "révéler un besoin criant et un soutien massif avec 1190 signatures récoltées en quelques jours, et l’appui de nombreux acteurs culturels, politiques (PS, POP, Jeunes Socialistes, Jeunes Vert·e·s) et associatifs (Grève du Climat, NIFFF, CAN). "La Ville peut faire quitter un bâtiment au collectif, elle ne peut toutefois pas faire taire un mouvement citoyen légitime", peut-on lire dans le communiqué.
ABAL annonce un rassemblement de soutien ce mardi à 18h30 devant l’Hôtel de Ville de Neuchâtel.