Berlin : traque du suspect islamiste après l'attaque de la gay pride
La police allemande traque un suspect
Un jeune Allemand d'origine libanaise était toujours recherché par la police dimanche à Berlin, au lendemain de son attaque présumée à la voiture-bélier et à l'arme blanche contre la gay pride. Elle a fait un mort et une trentaine de blessés.
"Tout ce que nous voyons ici indique que nous avons affaire à un attentat terroriste islamiste", a affirmé dimanche, sur les lieux de l'attaque, le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt, revoyant à la hausse le bilan des victimes avec 29 blessés.
La police n'a pas confirmé les informations de certains médias selon lesquels plus aucun blessé n'avait son pronostic vital engagé.
Le suspect, dont le ministre a dévoilé le nom, un "citoyen allemand d'origine libanaise", pourrait être armé et dangereux, selon la police.
"Citoyen allemand d'origine libanaise", Abdul Ballout "s'est fait remarquer par un nombre élevé d'infractions, une radicalisation, et son appartenance au milieu islamiste", a ajouté le ministre.
Selon les sites du magazine Der Spiegel et du quotidien Bild, l'homme avait tenté de rejoindre le groupe djihadiste Etat islamique en Syrie en 2025 mais avait été arrêté au Liban.
Il avait été renvoyé en Allemagne, où il avait été condamné en 2026, dans un autre dossier selon ces médias, pour "préparation d'un acte de violence grave mettant en danger la sécurité de l'État".
La police était en outre déployée dimanche dans un immeuble situé à un kilomètre du lieu de l'attaque, a constaté un photographe de l'AFP. Selon Bild, c'est là que le suspect vivait.
L'attaque a eu lieu samedi vers 22h00 dans le parc du Tiergarten, au centre de Berlin et à quelques centaines de mètres de la porte de Brandebourg, principal lieu de rassemblement dans la soirée de la marche des fiertés, appelée Christopher Street Day (CSD) en Allemagne, l'une des plus grandes gay pride en Europe.
L'incident a coupé court à ce qui avait été une journée de fête pour des centaines de milliers de personnes.
Machette
Selon la police, un véhicule blanc a foncé dans des passants avant de percuter un arbre. Le suspect "s'est ensuite précipité sur d'autres passants, armé d'une arme blanche (...) - vraisemblablement une machette - et les a également grièvement blessés", a décrit Alexander Dobrindt. Dimanche, la police n'évoquait plus comme la veille l'hypothèse de plusieurs auteurs.
Le véhicule utilisé lors de l'attaque est un monospace de marque Citroën et de modèle Spacetourer, immatriculé à Berlin. Il était visible dimanche sur les lieux, fortement endommagé par le choc contre un arbre.
Selon la description donnée par la police, le suspect, âgé de 21 ans, est mince, mesurant environ 1,90 mètre, aux cheveux noirs et vêtu d'un sweat à capuche noir et d'un pantalon blanc.
Un appel à témoins a été émis accompagné d'une photo pour obtenir des informations afin de le localiser.
"Ces actes n'ont qu'un seul but: diviser notre société", a réagi dimanche le chancelier Friedrich Merz, avant d'assister à un office religieux en hommage aux victimes. "Ne vous laissez pas intimider", a-t-il dit en s'adressant aux participants des gay prides du pays.
Convié par des membres de la communauté LGBTQ de Berlin à une veillée devant la porte de Brandebourg, dimanche en début d'après-midi, le public a observé une minute de silence. La place était pleine.
Mauvais souvenirs
Cette attaque a ravivé le souvenir d'une série d'actes similaires qui ont secoué l'Allemagne ces dernières années et attisé le débat sur l'immigration, plusieurs des auteurs étant d'origine étrangère.
L'attaque la plus meurtrière de ces dernières années a été celle perpétrée en décembre 2016 sur un marché de Noël à Berlin par un Tunisien aux motivations djihadistes. Elle avait fait 13 morts.
La période précédant les élections législatives de l'année dernière a été marquée par une vague d'attaques dans des lieux publics, notamment perpétrées par des assaillants islamistes.
Ces agressions ont fait le lit du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), devenue la première force d'opposition et qui devance même désormais la droite de M. Merz dans les intentions de vote.
Dimanche, un député AfD, Martin Hess, a estimé sur le site du groupe parlementaire que l'attaque de la gay pride "révèle une fois de plus l'échec total des responsables en matière de sécurité".
"Si un individu islamiste considéré comme dangereux et connu de la police a pu commettre un tel acte, il faut établir de manière exhaustive pourquoi il pouvait encore circuler librement", a-t-il ajouté.
Rencontré dimanche par l'AFP dans le Tiergarten où il est venu rendre hommage aux victimes, Armin Dünhölter, 49 ans, drag queen officiant "depuis des années" aux gay prides des grandes villes allemandes, se dit "encore sous le choc".
"Avec les incidents de ces dernières années, on s'est évidemment souvent dit que, tôt ou tard, l'une de nos manifestations pourrait être visée".