En Suisse, les centres sociaux protestants alertent sur une pauvreté sous-évaluée
En 2024, plus de 8 % de la population suisse vivait sous le seuil de pauvreté, mais les centres sociaux protestants tirent la sonnette d'alarme sur une réalité bien plus large, qui touche aussi ceux qui vivent juste au-dessus de ce seuil.
Les centres sociaux protestants (CSP) constatent une augmentation du recours à l'aide alimentaire et au dépannage financier. Selon eux, 70 % des personnes qu'ils reçoivent travaillent, mais perçoivent un revenu insuffisant pour vivre. C'est le cas de Lolita, qui cumule deux emplois — dans le nettoyage et comme patrouileuse scolaire — tout en étant proche aidante pour son mari, dans l'incapacité de travailler depuis des accidents professionnels. Sa famille a dû renoncer aux restaurants, surveiller chaque achat en supermarché, et parfois annuler des activités pour ses enfants. « On change de vie, c'est clair », confie-t-elle.
Un soutien administratif de plus en plus lourd
Pour les centres, l'accompagnement de ces situations complexes représente une part croissante du travail. Lolita évoque ainsi une véritable « phobie des documents » face à l'afflux de courriers auxquels il faut répondre tout en continuant à travailler. Dans le canton de Vaud, Caroline Régamey, responsable politiques sociales et recherche au CSP Vaud, confirme des permanences surchargées et des délais d'attente allongés pour les entretiens individuels.
Trois recommandations formulées
Réunis hier matin, les CSP ont formulé trois recommandations : harmoniser et élever les minimas vitaux, jugés trop disparates selon les dispositifs et les cantons ; améliorer les statistiques officielles pour mieux rendre compte de l'ampleur de la pauvreté ; et soutenir, voire étendre, les prestations sociales sous conditions de ressources. Caroline Régamey souligne que ces prestations — subsides à l'assurance maladie, prestations complémentaires pour les familles, bourses d'études — permettent de diviser par trois le taux de pauvreté dans le canton de Vaud. Elle s'inquiète donc des trente millions de coupes annoncées dans le projet de budget 2027 vaudois, notamment dans les subsides à l'assurance maladie, estimant que ce sont toujours « les personnes les plus précarisées qui se retrouvent en souffrance ».