Crise au CNP: lettre de psychiatres inquiets aux autorités
Santé - NE
Le Groupement des psychiatres et psychothérapeutes neuchâtelois (GPN) a adressé une lettre aux autorités sanitaires concernant la situation du Centre neuchâtelois de psychiatrie (CNP) pour faire entendre les alertes du terrain. Un audit externe sur l'ensemble de l'institution est demandé.
Outre le GPN, l’Association des psychologues neuchâtelois (ANPP) a aussi envoyé une lettre de la même teneur à l’intention du conseiller d’Etat Frédéric Mairy, du président du conseil d’administration et du médecin cantonal. "Les conditions actuelles de prise en charge proposées par le CNP fragilisent la sécurité du dispositif psychiatrique cantonal", a déclaré mardi à Arcinfo, Joao Santos, président du GPN.
"Cela ne veut pas dire que chaque patient est en danger, mais nous constatons un affaiblissement de la capacité de l’hôpital à encadrer et protéger ses patients les plus vulnérables, a précisé le médecin. La grande majorité des retours que nous recevons sur les séjours hospitaliers sont négatifs: nos patients disent manquer d’une prise en charge suffisamment structurée".
La lettre du GPN "exprime clairement une perte de confiance, ou à tout le moins une profonde incompréhension, face au programme actuellement poursuivi. Aujourd’hui, notre confiance ne peut pas être simplement déclarée ou demandée: elle doit être restaurée par des actes concrets", a ajouté Joao Santos.
Les psychiatres, psychothérapeutes et psychologues demandent donc un audit de l’ensemble de l’institution sur le fonctionnement actuel du CNP, y compris clinique, confié à une structure externe et indépendante. Ils veulent aussi une clarification de la position des responsables politiques lors d’une rencontre avec les partenaires concernés.
Décalage
Interpellé il y a une semaine au Grand Conseil, le conseiller d'Etat Frédéric Mairy, en charge de la santé, s'était montré rassurant. Selon lui, il n'y a de crise structurelle au CNP. "Il n'y a pas d'élément montrant qu'il faut assainir la situation", a-t-il déclaré.
Face à de récents suicides, qui ont fait l'objet de plaintes pénales, Frédéric Mairy a rappelé que le "taux de suicides" au sein du CNP est dans la fourchette basse des normes épidémiologiques pour ce type d'établissement.
Interrogé sur le décalage entre le discours politique et le terrain, le président du GPN a expliqué dans Arcinfo que "tant le discours institutionnel que politique restent centrés sur une lecture économique de la transformation du CNP. Tandis que les professionnels du terrain, les patients, leurs proches, ressentent les effets concrets de ces réformes quotidiennement, au travers de la réalité clinique".
"Lorsque l’ensemble des acteurs concernés expriment de manière convergente ces observations, il devient nécessaire que les autorités entendent cette réalité clinique et ne la réduisent pas à une simple résistance au changement", a précisé Joao Santos.